Dieu change de roi

Dieu change de roi
3 min

Le tout premier roi d’Israël, Saül, tente d’unifier le pays, de défendre ses frontières et de résister aux différents ennemis qui cherchent à piller et à occuper certaines régions. Il se heurte toujours au prophète Samuel. Samuel est l’homme de Dieu, son porte-parole. Il est donc prophète, mais aussi prêtre et sacrificateur. Il rappelle sans cesse l’autorité de l’Éternel tandis que Saül essaie d’imposer la sienne et son pouvoir temporel. Il y a une querelle éternelle entre ces deux pouvoirs. En effet, Dieu veut qu’il y ait une distinction : si le pouvoir politique est nécessaire pour diriger, gouverner et guider, il doit lui-même être soumis à un pouvoir supérieur, qui est celui de Dieu. Dieu est au-dessus de tout et de tous ; c’est ce que Jésus, bien plus tard – environ 1000 ans plus tard – osera dire à un Pilate qui ne comprendra pas vraiment : « Tu n’aurais pas le pouvoir que tu as si mon Père ne te l’avait pas donné ! » Ainsi, il y a toujours de la tension entre le roi et le prophète, entre Saül et Samuel.

À plusieurs reprises, Saül, fort de sa légitimité politique, a usé de son pouvoir et a parfois oublié de laisser de la place à Samuel, donc au Dieu qu’il représente. Et Dieu n’aime pas la concurrence ! On lui attribue même un sentiment très humain, et pas le plus noble : c’est un Dieu jaloux. Ce Dieu jaloux va parler à Samuel et lui confier la chose suivante : « Je vais enlever la royauté à Saül. Ce ne sera ni lui, ni sa descendance qui conduiront l’histoire d’Israël. Je me choisis un remplaçant et tu vas l’oindre roi dès maintenant. » Oindre, c’est apposer de l’huile sur la tête d’une personne élue et soudain revêtue d’un nouveau rôle, d’une nouvelle mission. Quelques années plus tôt, Samuel, dirigé par son Dieu, avait oint le jeune Saül pour en faire officiellement et rituellement le premier roi. Cet acte revêtait une dimension sacrée. Pour l’heure, pas de couronne, tout juste quelques gouttes d’huile !

Bien que Samuel n’apprécie pas vraiment Saül, il s’étonne des nouvelles directives de son Dieu et y résiste. Ce n’est pas tant qu’il veuille protéger Saül et le maintenir sur le trône, mais oindre et bénir un nouveau roi alors qu’il y en a déjà un en place, c’est une rébellion ; c’est un crime de lèse-majesté. Samuel sait que Saül peut être violent, vindicatif et expéditif. S’il apprend qu’on cherche à introniser un nouveau roi dans son dos, il considérera cela comme une trahison, et on sait ce que le pouvoir fait des traîtres qui le menacent. Samuel hésite donc et confie ses craintes : « Si je fais cela, Saül l’apprendra et me tuera ! » Dieu le rassure en disant que l’opération restera secrète. Il suffit d’aller dans la famille d’un certain Jessé et là, d’invoquer un rituel et un sacrifice ordinaire. À cette occasion, Dieu lui montrera qui sera le futur roi. Obéissant, Samuel se rend là où Dieu lui a dit d’aller. C’est dans un petit village éloigné qui, dès lors, entre dans l’histoire d’Israël, mais pas seulement. Le village se nomme Bethléem.(1 Samuel 16)