L’invité du jour — David Cascaro fait rayonner le Centre Pompidou au-delà des murs
Le Centre Pompidou vit une transformation historique. Son bâtiment emblématique de Beaubourg a fermé ses portes pour cinq ans depuis septembre 2025. Cette rénovation ambitieuse vise à réinventer la magie du lieu tout en répondant aux enjeux techniques, environnementaux et culturels. Redécouvrons cet incontournable de la culture française avec David Cascaro, directeur des publics du Centre Pompidou.
C’est un lieu qui approche des 50 ans et qui a connu une fréquentation très importante. Il aurait dû, au cours de ces 50 dernières années, s’arrêter pour se restaurer, mais on n’a jamais pris cette décision importante parce qu’on est trop attachés à accueillir le public. On a eu une fermeture en 2000 et puis on a restauré la chenille il n’y a pas trop longtemps. Mais là, il s’agit vraiment de restaurer le bâtiment qui fuit de partout, avec un enjeu thermique et environnemental très important puisqu’il s’agit de faire en sorte que ce lieu soit aux normes du XXIe siècle.
La collection du Centre Pompidou ne va pas prendre la poussière pour autant pendant les travaux. Elle va pouvoir rayonner hors les murs avec le programme Constellation. Une nouvelle aventure qui touche également le Centre Pompidou de Metz.
On est un centre national, on a donc une responsabilité vis-à-vis de cette collection qui est celle de toutes et tous. On ne pouvait donc pas laisser ces œuvres dans des boîtes fermées. Avec le programme Constellation, le Centre Pompidou s’est engagé à continuer à rencontrer ses publics, en France, en Île-de-France, ainsi qu’à l’étranger pendant toute cette période et avec des projets très importants dans des lieux emblématiques. Je pense évidemment d’abord au Grand Palais qui va accueillir pendant cinq années des expositions avec des œuvres de la collection. C’est une très belle opportunité de continuer à découvrir nos chefs-d’œuvre.
Et puis, le grand événement prévu pour fin 2026-début 2027 est l’ouverture des réserves en région parisienne, à Massy, avec le Centre Pompidou Francilien – Fabrique de l’Art qui va recevoir toutes nos œuvres. Le Centre Pompidou avait des réserves, mais un peu éclatées. Elles sont réunies en un seul et même site, à Massy. L’occasion était trop belle de ne pas se couper des publics et de rendre ces réserves accessibles au travers d’un immense plateau d’exposition, qui permettra de faire comprendre la vie des œuvres, comment elles circulent, comment elles sont acquises, comment elles sont stockées. C’est donc une manière de regarder la collection d’un nouvel œil.
Le Centre Pompidou de Metz est notre cousin de région, pour lequel nous avons une ambition supérieure avec l’exposition de Maurizio Cattelan, un artiste italien provocateur de l’art contemporain. Celui-ci a puisé dans les collections du Centre Pompidou pour présenter une exposition appelée « Un dimanche sans fin » et qui est un regard très personnel. Souvent, ce sont les conservateurs qui proposent des expositions. Là, c’est un artiste vivant qui a été invité à sélectionner et choisir dans la collection des œuvres qui lui ressemblent et qu’il admire. C’est aussi ça le choix du Centre : donner la possibilité de regarder autrement la collection.
Loin de disparaître, le Centre Pompidou se déploie donc. Cette transformation s’accompagne d’une réflexion sur la transmission de l’art contemporain, notamment auprès des plus jeunes. Le Centre Pompidou développe depuis des années des outils pédagogiques innovants pour éveiller leur curiosité et capter leur attention.
On vient s’appuyer sur la qualité des enfants, celle d’être, j’ai envie de dire, non encore écrasés par une éducation fermée. Au fond, la capacité des enfants, c’est d’être très curieux, de poser des questions sur tout, et de découvrir avec son corps, avec ses sens. Ce sont des choses que l’art suscite et que l’art du XXe siècle permet. Si l’art moderne et contemporain paraît souvent abscons ou difficile pour les adultes, c’est parce qu’ils ont intégré toute une série de discours. Les enfants sont beaucoup plus décontractés et appréhendent avec leur corps, leurs mots, leur curiosité spontanée. Et c’est assez merveilleux. Depuis la création du Centre Pompidou en 1977, la médiation culturelle s’est appuyée sur cette spontanéité des enfants pour créer l’Atelier des enfants. Nous sommes très attachés au Centre Pompidou au fait de travailler avec les artistes exposés et ces artistes sont aussi sollicités pour travailler avec les enfants, les bébés, les adolescents. C’est ça, la touche du Centre Pompidou.
Qu’ils soient connaisseurs ou non, les parents peuvent accompagner cette découverte et transformer une visite en moment de partage.
C’est assez génial de se promener en famille dans un musée parce qu’on a spontanément des attirances. Sans partir directement d’un artiste, je pense qu’il faut surtout se laisser prendre par la déambulation. Et tout d’un coup, on ne sait pas pourquoi, on est attiré par un objet. C’est ça, la magie de l’art moderne et contemporain.
Au Centre Pompidou, on a produit un très grand nombre de dispositifs pour les familles : des visites en famille, des ateliers yoga, des ateliers bien-être, des cartels, ces petits textes qu’on a à côté des œuvres. De plus en plus de musées proposent des cartels dédiés aux familles, qui sont parfois comme des jeux de pistes. Les parents peuvent se laisser guider par leurs enfants et par les dispositifs. On a lancé il n’y a pas très longtemps un podcast pour les enfants. C’est une aventure des couleurs qui, à travers des personnages, permet là aussi une découverte de l’art moderne et contemporain.
Le MuMo est également une aventure extraordinaire. C’est un camion qui sillonne la France et présente une vingtaine d’œuvres de la collection au travers d’une thématique. Chaque année, il traverse deux ou trois régions et plusieurs départements. En 2026, c’est la thématique du cirque qui va se déployer.










