Les invitées du jour — Emilie Willame & Aline Peugeot prennent la parole contre les féminicides
Aujourd’hui, lumière sur un fléau trop souvent réduit au silence : les violences faites aux femmes. En 2025, 118 femmes ont déjà été tuées en France. Derrière chaque chiffre, un visage, une histoire, une famille brisée. Entretien avec Aline Peugeot et Émilie Willame, fondatrices de l’association Ma Liberté de Parler, qui œuvrent au quotidien pour redonner une voix à celles que la société peine encore à entendre.
La violence conjugale reste l’un des plus grands échecs de notre société moderne. Malgré les dispositifs existants, de nombreuses femmes continuent de se heurter à l’indifférence ou à des réponses institutionnelles inadaptées.
« Lorsqu’une femme ose franchir les portes d’un commissariat pour porter plainte, trop souvent sa démarche est minimisée, transformée en main courante, reléguée à une simple ligne dans un dossier. Cette absence de considération devient une forme de complicité silencieuse de la part de nos institutions. »
Un constat sévère, partagé par de nombreuses victimes, qui dénoncent une société encore marquée par une culture du silence. Pour Émilie Willam, c’est l’ensemble du système judiciaire et policier qui doit être repensé. La peur de ne pas être crue, ou de ne pas être protégée, empêche de nombreuses femmes de parler. Pire encore, cette peur est parfois alimentée par les premières réponses qu’elles reçoivent.
Face à cette réalité, l’association Ma Liberté de Parler entend agir concrètement, à la fois sur le terrain et dans les mentalités.
« La prévention passe avant tout par la formation : policiers, gendarmes, magistrats doivent apprendre à écouter, à reconnaître les signaux d’alerte, à respecter la parole des victimes. »
L’action de l’association ne s’arrête pas à la sensibilisation. Elle propose un accompagnement global : psychologues, juristes, thérapeutes formés au traumatisme sont mobilisés pour permettre une véritable reconstruction. Car protéger une victime, ce n’est pas seulement répondre à l’urgence, c’est lui offrir les moyens de se relever, de se reconstruire.
« Nous voulons créer un pont entre les victimes, les institutions et les professionnels du soin. Il ne suffit pas de sauver une vie, il faut aussi redonner une voix, une confiance, une dignité. »
Mais pourquoi, en 2025, la parole des victimes semble-t-elle encore aussi peu audible ?
« La société a banalisé ces violences. Elles sont devenues presque culturelles, perçues comme une fatalité. Pire encore, certains discours extrêmes ont décrédibilisé une parole féminine pourtant juste et équilibrée. »
Une fracture s’installe. Pour Aline Peugeot, il est urgent de réconcilier les genres et de rétablir un dialogue apaisé entre les femmes et les hommes.
« Il ne s’agit pas de mener une guerre des sexes, mais de comprendre que le féminin et le masculin sont complémentaires. Chaque homme devrait voir chaque femme comme une mère, une sœur, une fille. C’est dans cette reconnaissance mutuelle que pourra naître un monde plus juste. »
Cette volonté de réconciliation traverse toute l’action de l’association. Elle refuse le radicalisme et préfère l’écoute, l’empathie, le travail de fond.
« Remettons l’humain au centre. Quand un gendarme reçoit une victime, il devrait simplement se poser cette question : et si c’était ma fille ? Ma sœur ? Ma mère ? »
À l’heure où les chiffres ne cessent de grimper, l’urgence est palpable. Et le message adressé aux décideurs est sans détour.
« Arrêtons de saupoudrer du sucre glace. Ce qu’il faut, c’est reconstruire la recette toute entière. Repartir de l’éducation, du respect mutuel dès l’enfance, et transformer profondément notre approche des violences faites aux femmes. »
L’association Ma Liberté de Parler milite pour une société plus juste, où la parole des victimes ne sera plus étouffée, mais écoutée, entendue, et surtout, suivie d’actes. Car chaque histoire sauvée est une victoire contre l’indifférence.









