L’invité du jour — Thibault van den Bossche lutte contre la haine antichrétienne en France et en Europe

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L’invité du jour — Thibault van den Bossche lutte contre la haine antichrétienne en France et en Europe
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Depuis plusieurs années, l’intolérance antichrétienne progresse en Europe, sous des formes variées. Ce phénomène, encore trop souvent méconnu, menace la liberté de croire et de vivre sa foi en l’exprimant ouvertement. En 2023, 2 444 actes de haine visant des chrétiens ont été recensés en Europe. Ces chiffres, en constante augmentation ces dernières années, traduisent une progression inquiétante de l’intolérance antichrétienne. Thibault Van Den Bossche, chargé de plaidoyer au Centre européen pour le droit et la justice, a mesuré pour nous l’ampleur du phénomène. Il nous aide à comprendre l’origine de ces violences, en dressant un portrait des auteurs de ces actes antichrétiens au profil et aux motivations variés.

Dans ces actes antichrétiens, on trouve principalement des actes de vandalisme, tels que des tags, des croix renversées, des statues décapitées ou des incendies criminels. Pour nous, chrétiens, cela veut dire aussi des profanations. On a également des menaces, des harcèlements envers les chrétiens eux-mêmes, ainsi que des homicides. Un exemple frappant, même si l’enquête est encore en cours, est le meurtre d’Ashur, le 10 septembre dernier. Ce chrétien irakien, réfugié en France, a été assassiné sauvagement alors qu’il était en direct sur TikTok, comme il avait l’habitude de le faire pour parler de sa foi.

Quand on arrive à attraper les coupables et à bien analyser la motivation qui les a poussés à agir contre les chrétiens, on constate que la plupart d’entre eux sont des musulmans radicaux. Ceux-ci ciblent particulièrement les musulmans convertis au christianisme. On retrouve également des militants laïcistes, prônant une forme de laïcité exacerbée. Ils considèrent que l’Église, bien qu’elle ait perdu de son influence dans la société, est la dernière autorité à abattre. Pour ce faire, ils cherchent à évacuer tous les symboles chrétiens de l’espace public.

Pour qualifier ce phénomène, les médias utilisent fréquemment le terme de christianophobie, pourtant il n’est pas tout à fait adapté pour décrire cette haine envers les chrétiens.

C’est un mot un peu passe-partout, mais il n’est pas le terme exact à appliquer à ce phénomène. On pourrait plutôt parler d’antichristianisme ou de haine antichrétienne. En fait, on s’intéresse à la motivation antireligieuse, à savoir que les chrétiens sont agressés parce qu’ils sont chrétiens. Le terme christianophobie est calqué, lui, sur le terme islamophobie, un terme qui empêche toute critique de l’islam. On voudrait éviter de tomber dans cette dérive pour parler des actes contre les chrétiens, tout en permettant la critique, si elle est mesurée, équilibrée et rationnelle. S’il est possible de critiquer le christianisme en tant que religion, il est inacceptable d’attaquer les chrétiens en raison de leur foi.

Le christianisme, qui a longtemps structuré la vie sociale, culturelle et politique en Europe, est de plus en plus relégué à la sphère privée. Face à l’intolérance antichrétienne, les institutions européennes et gouvernementales ont le devoir de protéger les chrétiens et de faire respecter leurs droits. Si l’Organisation des Nations unies reconnaît la liberté de religion et de conscience comme un droit fondamental garanti par plusieurs textes du droit international, il est possible d’aller encore plus loin aujourd’hui.

Il y a une opposition frontale au christianisme en tant que religion ayant participé à établir la civilisation européenne. Selon cette logique, elle serait un obstacle au progrès et mériterait donc d’être supprimée de l’espace public. Cela est paradoxal quand on considère la place donnée au judaïsme et à l’islam dans la mise en avant du dialogue interreligieux, dans la tolérance, l’ouverture et la promotion des religions minoritaires. Il y a beaucoup de place pour d’autres religions, ce qui est très bien évidemment. Cela dit, on constate que la religion chrétienne, en tant que religion d’origine, n’a pas besoin d’être protégée mais plutôt minimisée pour laisser davantage de place aux autres religions.

Le phénomène de la haine antichrétienne est bien pris en compte à l’ONU, même si c’est un petit peu dans un fourre-tout de haine contre la religion. Si on se réfère aux institutions plus proches de nous, l’Union européenne ou même le gouvernement français, on constate que la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie est davantage mise en avant. Il n’est pourtant pas possible de faire entrer les chrétiens dans ces catégories, ce qui implique qu’ils n’ont pas leur place dans les mesures de protection. Il y a cependant une institution qui fait exception. Il s’agit de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui a publié le 28 juillet dernier un guide pour comprendre et lutter contre les crimes antichrétiens en Europe. C’est une avancée très importante parce qu’on nomme le phénomène et on donne des recommandations pour y répondre.

Le Centre européen pour le droit et la justice recommande plusieurs mesures pour renforcer la protection des chrétiens et lutter contre l’intolérance religieuse.

La première d’entre elles est de recenser convenablement tous les actes antichrétiens en France et en Europe. Cela nécessite donc que les communautés chrétiennes communiquent quand elles sont vandalisées, à la police, mais aussi aux ONG concernées, comme le Centre européen pour le droit et la justice. Une fois que nos décideurs politiques, comme le ministère de l’Intérieur, auront des chiffres précis de tous ces actes antichrétiens, il faudra des décisions politiques fortes.