Saül le parano
À partir du moment où David a terrassé le géant Goliath, son histoire devient publique ; on fait de lui le héros d’Israël. Pour rappeler le contexte, le pays était menacé par les Philistins, et l’armée du roi Saül avait subi un échec. Le jeune David, armé seulement de sa fronde et d’une pierre, a abattu le géant haut de 3 mètres. La déroute des Philistins a été totale, et David a été salué comme le sauveur du moment. Les réseaux sociaux de l’époque, à savoir les femmes, scandent dans tout le pays : « Saül en a vaincu mille, mais David dix-mille ! » Ce refrain parvient naturellement aux oreilles du roi, qui en prend ombrage.
Entre David et la famille régnante, les choses deviennent compliquées. L’arrivée de David dans l’entourage du roi provoque bien des tensions. Un détail est important : le roi avait promis que celui qui abattrait le géant Goliath, l’ennemi invincible, recevrait une forte récompense, serait anobli et épouserait la fille du roi. Sacrée promotion ! Cependant, après le coup d’éclat de David, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu.
Un élément va compliquer les relations. Bien que Saül soit jaloux de la notoriété de David après son succès, le prince Jonathan, fils aîné du roi, adopte une tout autre attitude. Jonathan est fasciné par ce garçon qui n’a pas froid aux yeux, qui semble béni de Dieu et qui est plutôt beau et sympathique. Dès leur première rencontre, une amitié s’installe entre les deux jeunes gens. Le texte biblique précise : « Jonathan conclut un pacte d’amitié avec lui, car il l’aimait comme lui-même ! »
L’amitié entre Jonathan et David va être mise à rude épreuve, car, avec le temps, la haine de Saül envers David grandit. Jonathan devra régulièrement défendre son ami. Étrangement, Jonathan a même un pressentiment. Un jour, il confie à David : « Je sais que c’est toi qui régneras sur Israël et non pas moi ! » Est-ce que David lui aurait confié que, quelques années plus tôt, le prophète Samuel l’avait déjà désigné – mais secrètement – comme futur roi ? Nul ne le sait vraiment, mais ce qui est certain, c’est qu’un jour, défendant encore une fois David, Saül, ivre de colère, se tourne contre son propre fils et tente de le tuer après l’avoir appelé « fils de chien ». Il n’y a pas que du langage biblique dans la Bible !
Un autre démêlé de David avec la famille royale concerne la fille du roi. On se souvient que Saül avait promis au vainqueur de Goliath sa propre fille, sous-entendu l’aînée. Mais après lui avoir fait cette promesse, il donne cette fille à un autre prétendant. Qu’à cela ne tienne ! David est plutôt tombé sous le charme de la fille cadette, Mikal, et comme ce sentiment est réciproque, il peut l’épouser, et les choses semblent plus ou moins entrer dans l’ordre. Quant à Saül, il devient de plus en plus schizophrène, une sorte de lunatique qui, un jour aime David, et le déteste le lendemain. Or, un mauvais jour, Saül décide à nouveau de se débarrasser de son gendre et fomente son assassinat.
Mikal, qui a dû écouter aux portes et est au courant du projet ; elle avertit son mari. David est obligé de s’enfuir par la fenêtre alors que les comploteurs frappent déjà à la porte. Il s’enfuit loin de cette drôle de famille et sera considéré comme un rebelle dangereux. Dans sa démence paranoïaque, Saül va le poursuivre longtemps, cherchant toujours à le tuer. David ne reverra plus jamais son ami Jonathan. Quant à Mikal, Saül la reprend et la donne à un autre homme. Mais quelle famille !
(1 Samuel 18-19)






